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La CTINB : compagne de route de la traduction au Nouveau-Brunswick

Assemblée générale annuelle 2020

Le samedi 3 octobre 2020

 

La langue ne vit pas seulement de traduction, …1

 

Résumé

La CTINB fête ses 50 ans en 2020. Elle a vu la profession de traducteur s’affirmer au Nouveau-Brunswick et l’industrie de la traduction s’y développer. Pendant 50 ans, elle aura accompagné la traduction au Nouveau-Brunswick, qui a fleuri à la faveur de la politique de bilinguisme officiel; pendant 50 ans, elle aura été témoin des avancées qu’ont connues la langue et la profession dans la province et, en même temps, des tournants moins heureux qu’elles ont pris. Sur quel pied devra-t-elle danser maintenant pour garder sa pertinence dans les années à venir, qui promettent d’être fort différentes des 50 dernières?

 

* * *

 

Dans moins de deux mois, la CTINB soufflera ses cinquante bougies. Au cours de ce demi-siècle, elle aura vu évoluer l’administration publique provinciale et applaudi aux avancées du français au Nouveau-Brunswick. Pendant ces 50 ans, la CTINB aura été, à sa hauteur, témoin aussi bien qu’acteur.

Avant d’aller plus loin, qu’il me soit permis de présenter à la CTINB, à l’occasion de cette Assemblée générale annuelle toute particulière qui marque ses 50 ans, mes vœux les plus sincères de longue vie. Puisse-t-elle exister encore dans cinquante ans!

 

En terre vierge

Il y a 50 ans donc, la CTINB voyait le jour2, sous d’heureux auspices. Les astres étaient en effet alignés, dirions-nous, puisque trois ans auparavant, le bureau de traduction avait été établi, à Fredericton3, et que deux ans plus tard, l’Assemblée législative adoptait la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick4. Il y avait là un cadre accueillant pour la Corporation, un terreau fertile pour son action.

La Corporation s’était donné un programme assez ambitieux, à la limite peu réaliste, pourrait-on dire, avec le recul : promouvoir la qualité des services de traduction et d’interprétation, promouvoir la formation des traducteurs et des interprètes, favoriser les intérêts économiques, sociaux et professionnels de ses membres, susciter les échanges et la collaboration avec les sociétés qui partagent les mêmes objectifs5, et ce ne sont que les principaux éléments : était-ce un peu prétentieux pour une modeste association?

Les fondateurs voyaient grand. En fait, ces objectifs altiers témoignent de l’élan qu’ils voulaient imprimer à la Corporation, qu’ils souhaitaient active et rassembleuse, en même temps que de la valeur qu’ils accordaient à la traduction et des espoirs qu’ils nourrissaient à l’endroit de la profession, appelée à se développer dans la Province.

Tout était alors à faire dans le domaine au Nouveau-Brunswick. L’exercice de la traduction y était au mieux embryonnaire et on aurait cherché en vain un quelconque centre de formation de traducteurs et d’interprètes. Chez les sociétés sœurs, qui avaient vu le jour quelques décennies avant la CTINB, certes le terrain avait été défriché, mais la moisson n’était pas encore abondante.

Dans la foulée de la Loi sur les langues officielles du Nouveau-Brunswick, les premières pierres de l’édifice de la profession dans la Province seront posées : le développement d’un bureau de traduction, la mise sur pied d’un programme de formation en traduction, en 1972 à l’Université de Moncton, et l’établissement d’une faculté de droit6 et son centre de traduction et de terminologie juridiques.

 

La CTINB au travail

La CTINB accompagnera ces avancées dans une perspective professionnelle. Elle a réuni les traducteurs qui voulaient bien partager ses objectifs, elle a suscité un sentiment d’appartenance parmi les traducteurs et un esprit professionnel chez les membres, elle a organisé un colloque sur les professions de la traduction7, elle a travaillé à faire accepter l’agrément, elle a fait reconnaître son statut professionnel par l’Assemblée législative, elle a encouragé la formation des traducteurs, elle a apporté et apporte encore des contributions au CTTIC, elle a promu le perfectionnement professionnel de ses membres, en un mot, elle a travaillé honnêtement, selon ses moyens, dans le droit fil de ses objectifs.

En a-t-elle fait assez? Aurait-elle pu accomplir davantage? Certes, elle aurait pu en faire davantage, elle aurait pu faire mieux. Finalement, elle a entraîné ses membres, à la hauteur de ses moyens et, dans les circonstances, a fait tout ce qu’elle pouvait et ce travail, elle l’a accompli honnêtement. Sur ce plan, la CTINB n’aura pas déçu ses fondateurs.

Quel que soit le jugement porté sur l’œuvre de la CTINB au cours de ces cinquante années, il importe de préciser aussitôt que l’action des associations professionnelles, la CTINB y compris, est soumise à l’influence de certains facteurs sur lesquels celles-ci n’ont pas de prise. J’en relève trois : le recours à la traduction, l’exercice de la profession et la marchandisation de la traduction. L’observateur attentif sait que ces facteurs limitent certainement la marge de manœuvre des associations et jettent de l’ombre sur leurs réalisations; bien d’autres pourraient dire qu’elles ont failli à la tâche.

 

Le recours à la traduction

Arrêtons-nous un instant sur le recours à la traduction. Où en sommes-nous aujourd’hui? En 1970, on traduisait beaucoup, tant et si bien que Robert Dubuc pouvait dire que notre français était atteint de traduitose8. À l’époque, les lois sur les langues officielles, il est vrai, venaient à peine d’entrer en vigueur et le français était une nouveauté dans le fonctionnement de l’État. A-t-on assisté à une évolution?

En toute honnêteté, force est de constater que cinquante ans de bilinguisme officiel n’auront pas fondamentalement changé cet état de choses. Aujourd’hui, on traduit encore beaucoup, au point où j’affirme que notre paysage linguistique est ravagé par la traductionite. Est-il normal que l’on traduise encore autant qu’il y a cinquante ans? Bien sûr, nous sommes une association de traducteurs, nous ne nous opposons pas à la traduction, n’est-ce pas, mais il y a tout de même lieu de se poser la question.

Un recours massif à la traduction, de surcroît toujours dans le même sens, ne favorise finalement pas nos intérêts. Comment penser en effet que la traduction « mur à mur » comme on la connaît puisse bien servir la langue, la profession, notre population? Il faut cesser de croire que tout a été fait pour le français quand tout a été traduit9.La traduction finit par se substituer presque entièrement à la création. Tout ça dans le contexte d’une province où l’égalité des deux communautés linguistiques est reconnue10.

Le Commissaire aux langues officielles a établi que le recours à l’interprétation simultanée uniquement ne représentait pas un service égal dans l’autre langue officielle. Que dirait la commissaire, aujourd’hui, si on lui apprenait que notre traduction est à plus de 80 p. 100 vers le français11? Parle-t-on d’un service égal? Robert Dubuc disait que la traduction palliait l’absence de francophones dans des postes de direction dans la fonction publique12; c’était il y a 50 ans, est-ce encore le cas aujourd’hui?

Certes, notre poids de professionnels n’est pas déterminant dans la balance, mais nous avons une voix à faire entendre auprès des instances législatives, à la faveur d’une éventuelle mise à jour de la Loi sur les langues officielles13. Qui mieux que nous pourraient dire cette vérité – qui n’est peut-être pas bonne à dire – et mettre en lumière cette tendance dangereuse qui, en fin de compte, dévalorise la traduction, en particulier vers le français.

 

L’exercice de la profession

Il y a un lien certain entre cet état de choses et la profession, qui s’exerce de plus en plus à grands renforts d’outils technologiques. Quoi qu’on en dise, la traduction demeure, idéalement, le produit d’artisans qui voient dans le fruit de leur travail bien plus que deux textes côte-à-côte. L’emploi mal encadré de ces outils a tout pour miner les intérêts de notre profession et abâtardir la langue.

Au Nouveau-Brunswick, la traduction doit avoir une dimension culturelle, ce que bien peu de gens semblent reconnaître. Or, pour atteindre cet objectif de support de la culture, elle doit être bien faite. Pourtant, la traduction que l’on nous sert, en particulier dans les journaux, n’est pas toujours de bonne qualité. Si on cherche un peu, on voit plus souvent qu’autrement le jupon des outils technologiques qui dépasse.

Le danger d’amalgame est certain, car il n’est pas donné à tous de distinguer une traduction machine d’une traduction professionnelle. La mauvaise traduction chasse alors la bonne14. Cette situation, malheureuse, est d’autant plus dommageable que la traduction se fait surtout vers le français et que nos traducteurs consciencieux, qui s’efforcent de faire un produit de qualité, en portent l’odieux. Pour reprendre les mots de Pierre Daviault, « … Le public n’en sait rien, la réputation des bons traducteurs en souffre et la langue française subit des accrocs15. »

La formation universitaire doit rappeler les devoirs du traducteur à l’endroit de la langue, à l’endroit du produit à livrer. L’expérience en milieu de travail que viennent chercher les stagiaires doit renforcer ces sentiments. Les produits qui sortent de nos bureaux doivent répondre aux besoins des clients, bien sûr, mais aussi faire honneur à la langue, non pas lui tirer la langue! Au Nouveau-Brunswick, malheureusement, on voit bien plus de ces exemples.

 

La marchandisation de la traduction

Finalement, une chose n’a pas été comprise, c’est que l’outil technologique, si performant soit-il, ne rend jamais plus qu’un avant-projet de traduction. Je sais bien que je prêche des convertis dans cette salle, virtuelle, mais c’est surtout auprès du plus grand nombre qu’il faudrait faire connaître cette vérité. On voudrait penser que la technologie fournit un matériau de départ pour la production d’un texte de qualité, fait dans les règles de l’art; au contraire, on se retrouve souvent à l’arrivée avec un produit qui n’a bénéficié d’aucune amélioration et qui reste mal ficelé – quand il n’est pas carrément médiocre –, dont personne ne veut être fier.

Ce qui pour nous, traducteurs, est sans conteste un produit, est malheureusement devenu, pour bien des clients et le public en général, rien d’autre qu’un service, avec tout ce que cela comporte de péjoratif. Il ne faut pas s’y tromper, il y a là plus qu’un changement d’appellation.

La traduction « produit » tire vers le haut et reconnaît la dimension culturelle de l’acte. La traduction se voit attribuer un rôle de service auprès de la langue : on admet qu’elle a des effets sur la langue parlée16. Elle met à l’honneur la compétence du traducteur et la valeur du travail bien fait. La traduction « service », au contraire, amène à niveler par le bas. C’est, dans le moins bon des scénarios, avoir du français parce qu’il faut du français, c’est mettre la traduction en queue de peloton dans le processus de publication et c’est accorder à la qualité une importance secondaire.

Dans une telle situation, comment peut-on y voir autre chose qu’un service, accessoire en plus? La déconnexion avec la réalité s’ensuit. L’apport de la technologie fait oublier que la traduction demande du temps et de l’application; elle conduit à couper au plus court parce que le traducteur doit « livrer » au pas de course. Par ailleurs, cette traduction « service » n’a que peu de valeur culturelle, chose pourtant essentielle dans un milieu comme le nôtre, où le respect des langues officielles passe presque toujours par la traduction vers le français.

 

Une profession comme bien d’autres?

Pourtant, le traducteur est un professionnel au même titre que l’avocat ou le comptable, pour prendre ces deux exemples. S’il est vrai que la langue n’appartient pas au traducteur, la loi n’appartient pas à l’avocat – nul n’est censé ignorer la loi, n’est-ce pas? – pas plus que l’arithmétique au comptable. Si vous avez un logiciel de comptabilité pour faire vos impôts, ou si vous avez des formulaires de bail pré-imprimés à 25 $, vous ne vous méprenez pas sur la valeur de ces outils.

Vous n’avez en mains que des aides qui ne remplaceront jamais les services d’un véritable professionnel du domaine et auxquels personne ne va se fier aveuglément. Dans le cas des outils technologiques de traduction, il est dit et redit qu’il ne faut pas les utiliser pour les situations de communications officielles sans qu’un second regard ait été porté par un langagier. Or, ce n’est pas le cas, et il suffit de lire les journaux pour trouver en grand nombre des preuves accablantes.

Évidemment, on ne prête qu’aux riches, on croira les avocats et les comptables bien plus que les traducteurs, si bien que quiconque se laisse charmer par le chant des sirènes de la technologie aura tôt fait d’oublier les mises en garde, trop content qu’il est de se croire délivré à si bon compte du cachot de l’unilinguisme, sans remarquer que s’il en est sorti, il traîne toujours ses chaînes aux pieds!

 

Des leviers d’intervention

Les années à venir promettent d’être difficiles pour nos associations professionnelles, eu égard à la conjoncture somme toute défavorable qui semble vouloir s’installer pour durer. Notre association est jeune de ses cinquante ans, mais elle est aussi vieille de son demi-siècle. Elle a été fondée à l’époque de la plume, du dictionnaire et du papier; maintenant, nous sommes à l’ère de l’ordinateur, des bases de données et des outils technologiques. Nos objectifs de 1970 ont-ils la même résonance aujourd’hui? Faut-il les mettre au goût du jour?

S’il y a une chose à déplorer aujourd’hui, c’est que le travail du traducteur soit toujours très mal connu. Par exemple, pourquoi se fait-on demander, lorsqu’on dit être traducteur, combien de langues on connaît? On ne sait pas ce qu’est la traduction, après 50 ans de bilinguisme officiel, en dépit de nos écoles de traduction et de nos associations de traducteurs? Notre mission première devrait être de faire comprendre que, et là, je vais citer en anglais, « … translation is not a mere mechanical process […] Equivalent words, phrases or constructions are not ready at hand and ripe for the plucking.17 » Faire entendre cette vérité serait une grande victoire.

La généralisation des outils technologiques de traduction met à mal le statut professionnel du traducteur. Il faudra faire ressortir la valeur ajoutée qu’apporte le traducteur, au risque de se faire déclasser par la machine. Voilà pourquoi il est si important que le message ci-dessus soit compris.

La formation professionnelle dans les écoles devra présenter clairement le rôle des outils technologiques afin que les futurs traducteurs n’en deviennent pas les premières victimes. Il faudra insister sur l’écart qui existe entre la sortie technologique et le texte amélioré par les soins du professionnel; à ce sujet, il ne faudra pas adopter une perspective négative uniquement, mais plutôt mettre en valeur la qualité professionnelle d’un produit fini qui fait honneur à la langue et au client. Il faudra aussi équiper les futurs traducteurs afin qu’ils soient mieux à même de « faire la différence ».

Nos associations devront se chercher des alliés parmi les autres artisans de la langue et auprès des pouvoirs publics afin de faire valoir le souci de la bonne langue. Le français écrit est en général médiocre. Pourquoi? Le français traduit – souvent par des amateurs – n’est pas toujours bien meilleur. Peut-on faire quelque chose pour remédier à cette situation? Peut-on faire l’éducation du public, avec la collaboration de nos partenaires? Peut-on promouvoir la bonne langue chez nos clients, auprès du public? Peut-on parler de langue et de traduction, ce dont on ne parle jamais?

 

En terre vierge?

En 1970, un traducteur faisait le pont entre les langues et les cultures, à l’époque où la traduction était un produit, où l’on valorisait la bonne langue, la belle langue en traduction. Cette fonction est aujourd’hui assurée, en bonne partie, par des outils technologiques, la traduction est devenue un service, et ce qui importe, souvent, c’est d’avoir du français pour dire qu’il y a du français.

Il faudra trouver des façons de concilier la nouvelle réalité avec les exigences de la profession.

Dans cette conjoncture où naviguer à l’estime sera une vertu, j’ose croire que notre association saura trouver son chemin. Je le lui souhaite sincèrement. J’ose croire qu’elle représentera toujours l’idéal de ses fondateurs, sinon dans la lettre, toujours dans l’esprit.

 

Alain Otis, le samedi 3 octobre 2020

______________________

1 Par cette paraphrase des Écritures (Matthieu 4:4), je veux rappeler que la traduction, à elle seule, n’assure aucunement la santé de la langue ou la vitalité de la culture dans le territoire où elle s’exerce.

2 Sur l’acte de naissance de la CTINB, s’il y en avait un, serait inscrite la date du 28 novembre 1970. « Les traducteurs et les interprètes s’organisent », L’Evangéline, 1er décembre 1970, p. 2.

3 Le Bureau de traduction a ouvert ses portes le mardi 15 août 1967.

4 Statutes of New Brunswick, 1969, chap. 14, sanctionnée le 18 avril 1969.
5 The Royal Gazette, New Brunswick, vol. 128, 23 décembre 1970, p. 687-688.
6 La faculté ouvre ses portes en septembre 1978 et le centre l’année suivante.
7 Colloque sur la traduction, la terminologie et l’interprétation au Nouveau-Brunswick, 7, 8 et 9 mai 1987.
8 Dubuc, Robert, « L’abus de la traduction », TranslATIO, vol. 5, no 1, déc. 1970, p. 4.
9 Ibid.
10 En vertu de la loi 88, Loi reconnaissant l'égalité des deux communautés linguistiques officielles au Nouveau-Brunswick, adoptée en 1981 et inscrite dans la Constitution en 1993.
11 « Langues officielles : la commissaire suggère la nomination d’un porte-parole bilingue », Acadie Nouvelle, p. 5, 14 juillet 2020. Voir à l’Annexe A le texte de la décision du Commissaire.
12 Dubuc, op. cit., p. 7.
13 La révision de la Loi doit, en principe, avoir été terminée au plus tard le 31 décembre de l’an prochain. Acadie Nouvelle, p. 7, 28 août 2020.
14 J’applique la loi de Gresham à la traduction : à l’instar de la mauvaise monnaie qui chasse la bonne, la mauvaise traduction amène à douter de la qualité de toute traduction et, à la limite, de la compétence des traducteurs.
15 Daviault, Pierre, « Sommes-nous asservis par la traduction? », Le Devoir, p. 19, 22 juin 1957.
16 À titre d’exemple, le verbe « sécuriser » : « Blaine Higgs compte sur un faible taux de vote, …, pour essayer de se sécuriser un gouvernement [majoritaire] ». Acadie Nouvelle, p. 4, 19 août 2020. Le fait de voir souvent ce calque de l’anglais « to secure » – et bien d’autres anglicismes et expressions fautives – dans les journaux ne fait que contribuer à conforter ceux/celles qui les emploient.
17 Casagrande, Joseph B., « The Ends of Translation », International Journal of American Linguistics », vol. 20, no 4, oct. 1954, p. 340.

Annexe A

[…]

Annonce gouvernementale sur Facebook Live sans interprétation simultanée

 

Institution visée : Bureau du Conseil exécutif

 

La plainte en bref

Le plaignant allègue qu’il y a eu un manque flagrant de respect pour la langue française lors d’une annonce gouvernementale qu’il a visionnée en direct par l’intermédiaire de l’outil de diffusion en direct Facebook Live, à partir du compte Facebook du premier ministre. Le plaignant dénonce en particulier des présentations qui ont été faites seulement en anglais. Il déplore aussi que le premier ministre se soit exprimé surtout en anglais. Fait à noter, aucune option d’interprétation simultanée n’était offerte pour les internautes qui désiraient entendre les propos des intervenants dans la langue officielle de leur choix.

 

Au cœur de cette affaire

Les médias sociaux sont devenus des instruments incontournables pour renseigner le public sur les initiatives gouvernementales. Toutefois, l’emploi des médias sociaux doit respecter toutes les dispositions de la Loi sur les langues officielles, y compris l’obligation de diffuser simultanément une information publique dans les deux langues officielles.

 

Résultat de l’enquête

Dans cette affaire, le Bureau du Conseil exécutif (l’institution) a indiqué que le média Facebook Live est relativement nouveau et que, étant donné qu’il s’agit d’un outil de diffusion en direct, il n’est pas toujours possible de contrôler la langue dans laquelle s’expriment les intervenants. L’institution a confirmé que la conférence de presse en question a été diffusée en direct, sans faire appel à des services d’interprétation. Toutefois, elle prend l’engagement de revoir ses normes et politiques concernant la diffusion en continu des conférences de presse sur Facebook et se dit à l’écoute de toutes suggestions qui pourraient améliorer le processus. Elle propose comme changement que, dorénavant, un avertissement précise que la vidéo Facebook Live est diffusée en temps réel dans la langue des intervenants et que la vidéo intégrale avec traduction et sous-titres sera disponible après l’événement en direct.

 

À la suite de son enquête, le Commissariat a conclu que l’institution a non seulement enfreint la LLO, mais a aussi omis de respecter l’esprit de cette loi. Le Commissariat est d’avis que, quel que soit le mode de diffusion de l’information utilisé, l’institution doit prendre les mesures nécessaires pour garantir simultanément l’accès à l’information dans les deux langues officielles.

 

Le Commissariat estime aussi que, même si la totalité des présentations lors de cette journée avait fait l’objet d’une interprétation simultanée vers le français, cela n’aurait pas été pour autant acceptable. En effet, le statut d’égalité du français et de l’anglais requiert un emploi équilibré des deux langues officielles lors d’une annonce gouvernementale.

[…]

Le commissaire formule les recommandations suivantes :

[…]

 

 

  • QUE le Bureau du Conseil exécutif revoie l’ensemble de ses pratiques en matière d’emploi des deux langues officielles lors d’annonces publiques, et ce afin qu’elles soient conformes non seulement à la lettre, mais aussi à l’esprit de la LLO.

 

[…]

Rapport annuel 2018-2019 du Commissariat aux langues officielles de Nouveau-Brunswick, p. 42-43.